" ô ne désertez pas cette belle espérance
sans vous laisser dompter, souffrez votre souffrance
Les pieds meurtris, noyés d'une sueur de sang;
Gagnez votre couronne, et toujours gravissant,
Surmontez les langueurs dont votre âme est saisie,
Méritez qu'on vous dise Apôtre en poésie. "
Extrait des Consolations de Sainte-Beuve, Lettre à Alfred de Vigny ( 1830 )
Sans comprendre que consoler les autres était aussi une façon de se consoler soi-même, de se rassurer face à la douleur, à l'inévitable. Il m'aura fallu un chagrin intime pour admettre qu'il est des situations inconsolables et que l'acte de consoler est l'un des plus importants qu'un être humain puisse accomplir.
Consoler, c'est comprendre la peur et la douleur de l'autre; c'est aimer, sans demander à être aimé ; c'est trouver une esquisse de réponse à la plus difficile et la plus narcissique des questions : comment se consoleront-ils de ma mort ?
A chaque instant, on perd une chose, infime ou futile ou un être essentiel à sa vie. On se perd, on rompt, on quitte, on est quitté ; on meurt à quelque chose, on prend conscience que le temps s'écoule et que tout ce qui vit a une fin. De petites déceptions nous affectent ; de grandes désillusions nous bouleversent ; d'immenses chagrins nous submergent. Et puis, un jour, vient la peur de la mort. Angoisse suprême, panique absolue, source de douleur infinie, de chagrins ultimes, de résignation, de sérénité, de révolte. Face à ces angoisses diverses, nous sommes d'abord seuls, désemparés. A la recherche désespérée d'un sens de la douleur, d'une raison d'être du chagrin, d'une consolation par la présence de l'autre.
Et puis un jour, très récemment, j'ai compris, que ce sujet enveloppait, pour moi, tous les autres. Qu'il n'était aucun de mes essais, biographies, romans, pièces de théâtre qui n'en parle, d'une façon ou d'une autre. Qu'il n'est aucun plaisir, ni littéraire, ni musical, ni spirituel, ni intellectuel, qui ne soit, avant tout, consolation devant le vertige du néant. Que le désir d'être consolé explique presque tout du comportement humain, depuis celui de l'enfant avec sa mère jusqu'à celui de Don Juan, en passant par celui des gens de pouvoir et des artistes. Qu'il est au point de rencontre de tous les enjeux importants de la condition humaine : ceux de la vie, de l'amour, de l'amitié, du souvenir, de l'émotion, de la solitude, du dépassent, de l'empathie, de la violence, de la vengeance, de l'organisation de nos sociétés.
...
Mille raisons de consoler et d'être consolé surgissent dans nos vies.
...
L'amour console. Aussi, la conjonction d'un grand chagrin_ preuve qu'on a aimé_ et d'une consolation_preuve qu'on est aimé_est d'une intense force. La consolation passe aussi par la compensation. D'ailleurs, d'après le Gaffiot, consolare doit se traduire par réconforter, rassurer, et par extension, compenser : pour consoler il faut être capable de compenser un manque. Pour y parvenir, les hommes ont inventé mille moyens : des gestes, des objets, des musiques, des prières, des oeuvres d'art, des paysages. Selon certains, il faut rire avec celui qui souffre; pour d'autres, il faut pleurer avec lui, ou à sa place. Pour d'autres encore, il faut lui transmettre de l'énergie ou de la tendresse, ou le distraire, le noyer dans du bruit, ou encore partager avec lui du silence. Au total, bien des choses consolent : le temps, le souvenir, l'amour, l'amitié, les larmes, l'écoute, la compassion, le contact physique, la tendresse, le rire, la vengeance, la perspective d'une après-vie, la distraction ...
Enfin, et plus généralement, donner du sens console : d'après le Littré_qui contredit comme si souvent le Gaffiot _ le mot consoler viendrait du latin consolari, de cum et solus, dont le sens propre est entier. Consoler signifierait donc, non pas compenser mais ne pas laisser seul ainsi que rendre entier. Là est l'essentiel ..."
Extraits de La consolation de Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini


En ces périodes de..." fêtes " un livre qui apportera la lumière à ceux qui le liront.Bel extrait choisi.
RépondreSupprimer_______________________________________________
« ... Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir... Et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras : « Oui, les étoiles, ça me fait toujours rire ! » Et ils te croiront fou. Je t'aurais joué un bien vilain tour... »
Et il rit encore.
« Ce sera comme si je t'avais donné, au lieu d'étoiles, des tas de petits grelots qui savent rire... »
Et il rit encore.... »
C'est un très beau texte que tu nous donnes à lire ici.
RépondreSupprimerL'homme a constamment besoin de se consoler, en fait. Un besoin essentiel et existentiel à la fois.
Se consoler de ne rien comprendre à ce qu'il fait là.
Je ne sais si on se console (de jeux et de pain non plus) mais dans ces terres cathares où l'on aspirait à la perfection l'ultime pas était le consolamentum.
RépondreSupprimerIl y a de beaux livres de michel Roquebert, qui est presque voisin dans le Lauraguais, et connais ces terroirs comme sa poche.
la présence de l'autre est donc en jeu , et pas en je, mais en nous et en nous , de quoi nouer des relations et relater des transformations, par la grâce d'une rencontre, pas contre mais près. Le bonheur est dans le près je n'en ai jamais douter, trop loin et c'est absence, trop près et c'est indécence et irrespect, mais dans la bonne distance à soi, aux choses et aux autres.
Merci Véronika de ce choix qui donne envie et force à réfléchir plus avant.
Parmi ce bel extrait, je retiendrai "Consoler signifierait donc, non pas compenser mais ne pas laisser seul ainsi que rendre entier. Là est l'essentiel"
RépondreSupprimerLe plus terrible, après la perte d'un être cher, est bien le silence, tant de celui parti que de ceux qui vous savent dans la peine...
Un grand merci Veronica de nous offrir ces magnifiques extraits que je vais relire et encore relire... ces mots nous concernent tous. Ils sont tellement vrais.
RépondreSupprimerQue j'aime ce texte ! comme il est vrai ! Je n'ai jamais rien lu d'Attali et je n'aurais jamais eu l'idée de me pencher sur un de ses livres, et voilà que vous me le faites découvrir par cet extrait. Merci beaucoup.
RépondreSupprimerJe peux faire mienne la phrase dans laquelle il dit qu'il a passé des années à consoler plutôt que d'être consolé - et c'est vrai que les deux se rejoignent : comment peut-on consoler quelqu'un si on n'a pas à être consolé soi-même ?
Je vous embrasse.
Bonjour Veronica,
RépondreSupprimerTrès joli. Quelle attitude pourrait être plus consolatrice que la fusion de deux coeurs ? Merveille de la Complétude... Merci et belle journée, âmie
De très beaux textes choisis qui me donnent à me souvenir. J'avais 18 ans lorsqu'on m'a annoncé la mort de ma grand-mère paternelle et je me suis effondrée en larmes à la seule pensée insoutenable de ne plus jamais la revoir. J'avais moins de 50 ans lorsque mes parents sont morts et je me suis tenue droite, le coeur enfoui. Pourtant, sans croyance, à chaque instant, en moi je les sens présents parce que je suis faite de leur chair autant que de leur âme et qu'une partie de moi, c'est encore eux. Nous tissons ainsi l'éternité. Suzâme
RépondreSupprimerA l'unisson de Suzäme...
SupprimerJe suis ce matin incapable de commenter ce texte si beau ...
RépondreSupprimerje suis pleine de larmes encore et chaque instant est une épreuve à traverser ...
Que le sourire revienne - que mes bras soient prêts à entourer
que mon épaule soit douce pour accueillir ...
Solène
Grand grand merci, ces extraits sont si vrais, si beaux. je le rejoins sur tant de points..et m'en vais commander le livre illico.
RépondreSupprimerUn abrazo fuerte.
La consolation peut bien sûr être mutuelle mais la symétrie n'est ni nécessaire ni systématique, puisqu'il s'agit d'un acte d'écoute bienveillant qui vise à comprendre et à soulager par la présence même silencieuse, le calme et la communication d'un apaisement qui peut être trouvé dans cette relation de confiance raisonnée ou résonne l'humanité.
RépondreSupprimerOn peut être seulement aidant et accompagnant mais c'est vrai que des âmes seules se trouvent parfois pour partager leur expérience et éponger leurs déboires, dans une manifestation épurée d'accueil.
que peuvent signifier d'autres les bras ouvertes et l'épaule calée que de constater que comme reposoir il est permis sinon de s'abandonner mais au moins de se laisser aller dans un lâcher prise qui fait du bien.
Et puis donner des signes de solidité comme un arbre c'est parfois bon pour donner envie à quelqu'un de si adosser, de s'y appuyer quand il chancelle et que ses forces le désertent et l'abandonnent. Face à l'abandon faire le don de sa présence est baume divin.
Joyeux Noël Véronika , avant l'heure, avec les bons gâteaux que tu sais faire et le soin exquis que ne nu manquera pas de déployer pour une table de fête.
je t'embrasse
Besoin de temps chère Veronica pour un commentaire...
RépondreSupprimerrepasserai par la Consolation.
merci de partager tes lectures.
Je t'embrasse en cette fin décembre qui s'étire doucement vers la lumière de Noël..
bon bout d'an.
Je t'embrasse ce soir toute enguirlandée ...
Ce sont ces extraits des premières pages qui m'avaient donné envie de lire ce livre. "Etre consolé" et "consoler" me semblent être au plus intime de nos besoins de vivant. A part le deuil d'une personne aimée, il y a encore tant à être consolé...
RépondreSupprimerMerci Véronica pour cette belle page et commentaires !
Très intéressant,
RépondreSupprimerComme beaucoup de personnes, j'ai été sensible à la scène cinématographique quand Jean Valjean va rejoindre Cosette à la fontaine et qui pose la main sur celle de la gamine pour soulever le seau d'eau.
(Victor Hugo a donné un sens profond au personnage humain)
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerMerci chers amis, je vous répondrai mais plus tard, nous avons le temps, Noël m'appelle vers d'autres consolations ...
RépondreSupprimerEn en attendant, je vous panse un grand sourire du coeur.
à bientôt
N'hésitez pas à déposer vos mots en partage, j'aime vous lire et connaître vos ressentis.
RépondreSupprimerà comme hanter ( come, comm' ) entrez ! au temps qu'il vous plaira.
Le "tant" des consolations ne se lasse pas, il est essenCiel !
Amitié, paix et joie
Tendresse de Noël à tous.
Veronica
merci pour ce texte magnifique veronica.
RépondreSupprimerConsolation avant la conception et l'acceptation de toutes les acceptions, comme une lumière mais sans insolation et sans être isolé une manière de rester au monde même quand on se croit seul
RépondreSupprimertant de bienveillance nous inonde qui nous accompagne dans la lueur des bougies et des joues rougies par le froid et les promenades qui nous laissent ingambes .
L'acceptation est fille de la consolation, sa mère aussi, par foi.
SupprimerDe tous les verbes, consoler réunit, alors on se sent moins seul, on accepte notre destinée ...
Joyeuses fêtes âtre-toi, ami Thierry, sans te hâter, et aux tiens.
Réchauffe-toi à la flamme consolante de l'amitié humaine et de la famille rassemblée.
Je n'ai écris que cela pour noël cette année
RépondreSupprimermais je veux bien le partager avec vous toutes et tous (sans tousser devant l'acre fumée de l'âtre)
Au pays des contes
le sapin est roi
ce n’est pas une question de foi
mais du genre la loi
sur la paille il y a la ponte
où l’enfançon crèche
pourtant il y en a dans la dèche
qui ne savent de quoi sera fait
dans ce monde si imparfait
la nuit consacrée aux excès
le monde en excès de vitesse
mais pas encore de tristesse
voit pour la trêve des confiseurs
refroidir certaines ardeurs
on s’enflamme mais pas pour le sapin
on laisse parler son cœur
pour offrir des cadeaux
les nouveautés font fureur
on agite les drapeaux
et si l’étoile file au firmament
les boules pendent des amants
aux pieds les chaussons attendent
les petits corps se tendent
les jouets seront il là
pour couronner la veillée
et que va devenir la cheminée
si elle est ramonée
par un barbu ventripotent
mais aussi omnipotent
prêt à exaucer les vœux
et faire des gens heureux
pour une seule nuit peut être
j'ai appris que dech veut dire sol en bengali
une sorte de retour aux sources !
Tel quel et sans effet de pose : chevet de consolation
RépondreSupprimerhttp://img822.imageshack.us/img822/270/consolation.jpg
Bonnes Fêtes à l'appliquée.
http://www.youtube.com/watch?v=GDVDkJETwJ4
Bonnes Fêtes aussi à la fidèle.Et douce fin d'année à tous les tiens, mes pensées sincères et amicales.
RépondreSupprimerMerci pour la musique
Le merveilleux sourire d'un enfant du monde, du chocolat, des roses et une couronne de marguerites sont douce consolation à n'en pas douter.
Les chevets de consolation sont intacts qui gardent les souvenirs au coeur et les couleurs de ces souvenirs, tels des autels. ô beaux silences, objets inanimés ont une âme.
Un étrange objet à pois rose pour le service de maison sans doute lève ses bras aussi elle !
Pensées en eau de constellations.
Je te souhaite une douce année 2013 remplie d'amour, de créativité, de livres passionnants, de photos sublimes et je te souhaite surtout de réaliser tes projets les plus fous.
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